Le lièvre et la tortue

Jeudi matin, comme tous les matins, j’amène mon fils à l’école avant de me rendre au travail. Il faisait un temps d’hiver magnifique. Le jour était sur le point de se lever derrière les rares nuages qu’on apercevait au loin. Il faisait bon, le trajet allait être très agréable, et je me suis dit qu’il faudrait encore une fois que je roule en t-shirt pour ne pas avoir trop chaud sur le chemin.

A l’école, je gare le vélomobile sur le parking, à côté du « ludospace » de mon voisin et ami, qui s’était arrêté en travers en laissant tourner le moteur. En arrivant avec mon fils devant l’école qui n’avait pas encore ouvert, je retrouve ce voisin et le salue, mais comme il était en discussion avec d’autres personnes sur des sujets sans doute moins futiles (« alors le bébé ça va, les nuits pas trop dures ? ») je n’ose pas lui demander si jamais, comme les apparences le laisser supposer, il n’aurait pas un tuyau pour ne pas payer l’essence.

Après avoir souhaité une bonne journée à mon fiston, je reprends la route en direction de mon travail, et entame la portion de 10 km de départementale qui me sépare du début de l’agglomération toulousaine. Deux ou trois kilomètres après, mon voisin me double, et me salue d’un coup de warning amical. Un certain nombre d’autres véhicules me doublent, plus ou moins rapidement, comme d’habitude.

Tranquillement, j’arrive au bout de la départementale et entre dans l’agglomération. Je roule sur la route, jusqu’au début de la piste cyclable, et décide finalement d’y rester, comme je le fais de plus en plus souvent, même si je dois ralentir les automobilistes, car maintenant que je roule à une bonne vitesse (35 à 40 km/h sur cette portion) les pistes cyclables me ralentissent beaucoup avec leurs multiples intersections, sans compter qu’avec ma vitesse il faut que je redouble d’attention pour ne pas y être un danger pour les autres usagers de la piste (piétons, vélos, chiens en laisse, etc).

Mais rapidement je change d’avis : aujourd’hui la route devant moi est particulièrement embouteillée, alors je me rabats sur la piste cyclable au premier bateau venu, laissant l’automobiliste me suivant avec le comportement de celui qui cherche la moindre occasion de doubler d’un coup d’accélérateur rageur le soin de constater par lui-même que ce n’était finalement pas moi qui le ralentirais le plus dans sa course motorisée quotidienne.

Comme souvent dans cette situation je me demande si certaines des voitures que je vois bloquées dans la longue file pare-chocs contre pare-chocs ne sont pas les mêmes qui m’ont doublées quelques kilomètres avant sur la départementale. Et tout à coup, quelques centaines de mètres à peine après avoir rejoint la piste, je réalise que je vais dépasser le « ludospace » de mon voisin. En le dépassant, je jette un coup d’œil et je constate que c’est bien lui. Mais comme il est à l’arrêt et que je roule sans doute à plus de 30 km/h, je n’ai pas le temps de sortir un bras pour le saluer à nouveau. Et je réalise alors qu’il est bloqué là pendant encore un bon moment, étant donné qu’il a devant lui encore 2 bons kilomètres de bouchon !

J’ai beaucoup pesté et déprimé en attendant mon vélomobile quand je restais bloqués dans ces bouchons quand j’étais en voiture. Et depuis, cela faisait longtemps que j’essayais de mesurer combien les bouchons pouvaient bloquer les automobiles par rapport à ma progression en vélomobile. J’essayais de repérer les voitures qui me doublaient sur la départementale, pour les retrouver ensuite sur la route en ville. Mais c’est la première fois que je peux constater, avec une automobile partie peu de temps après moi du même point de départ que moi (l’école de mon village), combien la perte de temps dans les bouchons est beaucoup plus significative que le gain de temps dont on bénéficie en roulant à 90 km/h sur la départementale.

Sur ces réflexions, et tout en repensant au cynisme percutant des fables de La Fontaine appliquées à ces considérations très contemporaines, j’ai fini mes 25 km matinaux en me disant que ce matin-là, comme souvent, j’aurais encore évité beaucoup de stress et de temps perdu (pour ne parler que de ça) en utilisant mon vélomobile plutôt qu’une automobile !

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